Avis de gros temps sur les finances locales ?

Avis de gros temps sur les finances locales

Des budgets sous pression pour 2024 et 2025

Les budgets 2024 et 2025, les deux derniers du mandat municipal, promettent de ne pas être très simples à boucler. Ils devraient normalement traduire l’avancée des projets de mandat dont on sait qu’ils nécessitent un temps de préparation souvent incompressible. C’est souvent à cette période du mandat que les budgets d’investissements sont les plus lourds, générant une augmentation temporaire des frais financiers.

Défis face à l’inflation et aux restrictions nationales

Or, l’inflation qui a frappé les deux derniers budgets communaux pèse également lourd sur les budgets de fonctionnement et va continuer en 2024 à rendre l’équilibre général des budgets locaux délicat à trouver. Le contexte national des finances publiques n’est pas très bon lui non plus : la loi de programmation des finances publiques a déjà acté que, dès cette année 2024, les collectivités locales allaient devoir limiter l’évolution de leurs dépenses de fonctionnement à 0,5% sous l’inflation.

Pressions extérieures et incertitudes politiques

Mais la contribution des collectivités au redressement des comptes publics pourrait ne pas s’arrêter là, malgré les déclarations apaisantes de Bruno Lemaire le 18 février dernier sur TF1. En ramenant ses prévisions nationales de croissance du PIB 2024 de 1,4% à 1%, le gouvernement corrige des estimations que chacun s’accordait à juger optimistes. Mais les mêmes considèrent encore que le 1% de croissance pour 2024 désormais en ligne de mire du gouvernement pourrait se heurter au mur de réalités économiques de l’année plus moroses qu’espéré.

Les enjeux des économies et des réformes

C’est dire si les 10 Mds € d’économies annoncés (qui ne touchent pas les collectivités) pourraient ne pas suffire à préserver l’équilibre du budget 2024. Et les perspectives pour l’année 2025 ne sont guère plus roses. L’inquiétude chez les élus est d’autant plus grande que, comme le souligne la Gazette des Communes, celui qui était directeur de cabinet de Bruno Lemaire au moment des fameux contrats de Cahors est désormais… chef de cabinet de Gabriel Attal, premier Ministre. Les élus attendent donc avec une certaine inquiétude le résultat des deux revues de dépenses menées par l’inspection générale des finances sur les collectivités : l’une portant sur les investissements locaux et l’autre sur la maîtrise de la masse salariale et des achats extérieurs.

Perspectives et attentes pour l’avenir

Il faut ajouter à cette perspective le résultat attendu au printemps des deux missions confiées à Boris Ravignon (coût du mille-feuilles territorial) et Eric Woerth (décentralisation). Ce dernier, récemment auditionné par les sénateurs de la délégation aux collectivités territoriales, s’est prononcé en faveur d’une refonte des dotations d’Etat. Nul ne sait encore comment le chef de l’Etat, qui va atteindre cette fin d’été le milieu de son dernier mandat, abordera le sujet : dégagé de toute pression électorale, Emmanuel Macron tentera-t-il de mener les indispensables mais impopulaires réformes ? Et dans ce cas, avec quelle majorité au parlement ? Ou bien fera-t-il le choix de laisser à son successeur, quel qu’il soit, le soin de remettre en ordre les finances publiques ? A moins que la pression des agences de notation ne place le coût du crédit à un niveau insupportable et que nos partenaires européens imposent à la France un retour plus rapide à l’équilibre budgétaire… Un environnement budgétaire des collectivités locales aussi incertain ne peut qu’inciter les élus locaux à une grande prudence au moment de boucler leur projet de budget 2024.

JBBLConseils